Le jeune Fabrice Fernandez, 24 ans, a été abattu le 18 décembre 1997, d'une balle en pleine tête tirée à bout touchant, alors qu'il était interrogé, assis menottes aux poignets, dans les locaux du commissariat du neuvième arrondissement de Lyon, rue Berjon à Vaise.
Le policier Carvalho, en état d'alcoolémie, au cours de l'interrogatoire, avait tiré d'un fusil à pompe dont il avait mis le canon sur la mâchoire du jeune Fabrice Fernandez, le tuant sur le coup.
Vers 21 heures il descend aussitôt en bas lorsqu'il s'aperçoit que ses deux demi-frères sont en train d'être menottés par des policiers de la BAC. Comme souvent, les forces de l'ordre sont en nombre important ce soir-là à la Duchère, et, selon les policiers, un promeneur viendrait de signaler que son chien a été volé par trois jeunes, et un fusil à pompe a été confisqué. Fabrice s'interpose à l'arrestation de ses deux demi-frères. Des renforts arrivent, commandés par le policier Jean Carvalho, et emmèment du coup les trois jeunes, Fabrice y compris, en garde à vue au commissariat de Vaise, rue Berjon. Ce qui est sûr c'est que Fabrice n'avait rien fait de condamnable pour être emmené en garde à vue ; lorsqu'il est descendu en bas, les policiers étaient déjà là et ce n'était pas possible qu'eux trois aient volé ce chien puisque Fabrice était en haut dans l'appartement de sa tante ; il s'était simplement soucié de ses deux demi-frères.
Ce soir-là, le commissariat de Vaise est bondé. Les cellules de garde à vue sont tellement pleines qu'on décide de placer Fabrice Fernandez à part, dans le bureau du chef de poste, alors que les deux frères se trouvent dans une autre salle du commissariat. Là, menotté, il est seul face à plusieurs policiers, et au bout de quelques minutes à peine, à 21h40, retentit une détonation. Fabrice Fernandez s'écroule dans un bain de sang, atteint en plein visage par une balle du fusil à pompe tirée par le policier Carvalho.
Que s'est-il passé ? Ce fusil à pompe confisqué faisait-il partie des armes du tabassage lors de la garde à vue, comme l'insinue le procureur de la République Coste, avocat général à la cour d'assises du Rhône, le 9 décembre 1999 ? Pourquoi tous les policiers qui étaient sur place dans la pièce trouvent-ils normal de laisser Carvalho brandir le canon du fusil à pompe sur Fabrice ? Pourquoi se sont-ils écartés, au lieu de réagir et d'hurler de poser cette arme ? Pourquoi Carvalho a dit que le coup est parti tout seul, alors qu'il faut une pression de 3,9 kg pour appuyer sur la gachette ?
Un témoin a répété que les derniers mots du jeune homme furent : « T'es pas capable.. »
Alors le policier n'a-t-il pas délibérément tué Fabrice Fernandez ?
Le policier était âgé de quarante ans, on a appris par la suite qu'il avait fait déjà deux fois l'objet de sanctions. Il a été mis à l'écart au total dix-huit mois pour faute professionnelle en réponse à des coups et blessures, sans être exclus de la police. Il n' a finalement été suspendu de ses fonctions qu'en janvier 1998. Même si, dans ce genre d'assassinats, les policiers bénéficient la plupart du temps d'un non-lieu, la mort du jeune Fabrice Fernandez, à Lyon, le 18 décembre 1997, d'une balle en pleine tête tirée dans les locaux du commissariat, n'aura valu que douze ans de réclusion criminelle à son meurtrier, Jean Carvalho.
La nouvelle rendue publique de ce jeune homme de vingt-quatre ans, père de famille, laissant des enfants orphelins et une famille traumatisée, tué dans des circonstances dramatiques par un policier a soulevé une immense émotion à Lyon et particulièrement dans le quartier de la Duchère.
En novembre 1997, dans la nuit du 2 au 3, de violentes émeutes éclatent dans le quartier de La Duchère à Lyon, de nombreuse voitures incendiés et quatre personnes trouvent la mort dans les événements.